Des hommes forts en sueur, des danseuses gracieuses, et par-dessus tout cela le son des cornemuses qui plane. Une journée aux Bridge of Allan Highland Games.

Si le son perçant des cornemuses résonne toute la journée, ce n’est pas un hasard : trente fanfares venues du monde entier s’affrontent ici, aux Bridge of Allan Highland Games, à l’ombre du National Wallace Monument. Chacune espère remporter le prix des jeux. Et “chez elles” ne se trouve pas forcément en Écosse : les fanfares viennent de tous les coins de l’ancien Empire britannique. Cette année, par exemple, certaines viennent aussi du Canada, de Malaisie et d’Oman. Et ces participants venus de loin sont magnifiques à voir.
Sous le regard sévère, et surtout les oreilles attentives, du juge, toutes les fanfares partent d’abord sur un pied d’égalité. Elles doivent faire leurs preuves à travers trois morceaux différents.
Pendant que les fanfares jouent au centre, athlètes et cyclistes s’affrontent sur la piste extérieure. Notez qu’il n’y a pas de piste en tartan ici : tout se déroule sur l’herbe. Et aujourd’hui, cette herbe n’est pas seulement extrêmement mouillée, elle devient de plus en plus profonde et retournée course après course. La boue gicle derrière les roues.
Les courses cyclistes se disputent sur des distances allant de 800 à 3 200 mètres – et se terminent par la course éliminatoire “De’il Tak’ the Hindmost”, que l’on pourrait traduire par “le diable emporte le dernier”. Bien que presque toutes les courses soient remportées par le même coureur, le champion écossais de piste sur herbe Craig Hardy, ceux qui ne s’intéressent qu’aux vainqueurs passent de toute façon à côté du plus beau des Highland Games : les petits moments humains. Comme lorsque le coureur à pied le plus âgé pousse le cycliste le plus âgé pour le lancer.
Mais la plupart des gens n’associent pas vraiment les Highland Games au vélo de course – après tout, l’histoire des Highland Games remonte à plusieurs siècles. Des troncs d’arbres et des poids qui volent, voilà ce à quoi on pense en général en évoquant ces jeux écossais. Ne vous inquiétez pas, les costauds se préparent déjà.
La première épreuve : le lancer du marteau. Et ici, le “marteau” est vraiment un poids fixé au bout d’une perche en bois.
Le lancer du marteau n’est que l’une des quatre épreuves de force aux Bridge of Allan Highland Games. Elles se déroulent tout au long de la journée.
Au fait : si vous pensez qu’il n’y a ici que des hommes forts et des femmes délicates, il vous suffit d’aller un peu plus loin, du côté de la lutte, où les filles sont justement en train de faire leurs preuves.
Comme les différentes épreuves se déroulent un peu partout sur le grand terrain, il ne nous reste de toute façon qu’à nous déplacer de temps en temps. Derrière les tribunes, on découvre aussi toutes sortes de choses intéressantes – par exemple un fumoir à poissons en plein air :
Ou encore une voyante galloise :
Ou encore une petite présentation de rapaces, avec ce spécimen légèrement ensommeillé.
Nous avons presque fait le tour complet du terrain quand, soudain, impossible d’avancer davantage : un campement de tentes s’étend en plein milieu de la pelouse boueuse et nous bloque le passage. Dans les petites tentes sont assises de jeunes femmes et des filles, maquillées avec insistance et vêtues de costumes colorés. Nous nous sommes retrouvés par mégarde dans les “loges” des danseuses. Les visages des dames sont pour la plupart tendus et sérieux. Elles attendent leur tour sur la scène toute proche.
Nous voulons bien sûr voir cela aussi. Seul problème : nous parvenons à peine à passer. Aucune animation des Bridge of Allan Highland Games n’était aussi prise d’assaut que le Highland dance. Il me semble que ce sont surtout les parents des danseurs et danseuses. Il y a bien des garçons aussi… mais peu nombreux.
Quand nous obtenons enfin une bonne vue sur le Highland dance, nous commençons à comprendre la tension des filles dans les tentes. Sur scène, c’est un travail extrêmement physique, et pourtant tout semble étrangement léger et gracieux.
Je parviens à prendre quelques photos avant que quelqu’un derrière moi ne me fasse clairement comprendre que je bouche la vue. C’est un peu trop tendu pour moi à cet endroit, alors nous retournons voir les costauds. Ils en sont désormais à l’épreuve que tout le monde associe aux Highland Games : le tossing the caber, le lancer de tronc d’arbre.
Le tronc doit basculer et retomber le plus droit possible. Un duel acharné s’engage. Pourtant, les athlètes se traitent entre eux avec amitié et respect, s’entraidant même lorsque c’est nécessaire.
Nous sommes ici depuis dix heures du matin – et bien sûr, les athlètes aussi. Il est bientôt 17 heures, et la fatigue commence doucement à se faire sentir. Même le son continu des cornemuses ressemble désormais à une berceuse ininterrompue. Les dernières épreuves suivent : les coureurs disputent leur dernière confrontation sur la piste en herbe.
Et il ne reste plus aux costauds que le lancer de poids en hauteur, où un bloc de fer de 25 kilogrammes doit être lancé par-dessus une barre suspendue à plusieurs mètres du sol.
La barre est bien sûr relevée à chaque fois, jusqu’à ce que même le dernier participant restant échoue trois fois de suite.
Enfin, la grande finale approche. Les trente pipe bands défilent l’un après l’autre sur la piste extérieure pour se présenter une dernière fois au public.
Menées par leurs pipe majors – en quelque sorte les chefs de fanfare…
… elles défilent devant le Chieftain, la marraine des jeux. Chaque année, une personnalité différente est choisie pour ce rôle ; cette année, il s’agit de Judy Murray, mère du champion de tennis Andy Murray, originaire de Bridge of Allan.
Lorsque toutes les fanfares se sont enfin rassemblées sur le terrain, arrive la grande finale des Bridge of Allan Highland Games 2015. Ensemble, les trente fanfares jouent le “Salute to the Chieftain” – un moment que ni le Chieftain ni le public ne sont près d’oublier.
Remarque : je tiens à remercier encore une fois chaleureusement mon frère Andreas de m’avoir prêté son précieux téléobjectif pour ce voyage. Cela en valait vraiment la peine, en particulier aux Bridge of Allan Highland Games. Merci !