Pourquoi la Sainte Vierge veille sur l’île de South Uist sous le nom de Lady of the Isles, et comment « Father Rocket » a reçu son surnom.

Pour Marie, Sainte Mère de Dieu, on a ici un nom qui lui est propre : Moire, en gaélique écossais – un nom réservé exclusivement à elle (« Marie » se dit habituellement « Màiri » en gaélique). Sur South Uist, la Mère de Dieu est en quelque sorte la ligne directe avec Dieu. On l’invoque pour presque tout, ne serait-ce que par l’exclamation surprise « A Mhoire » – « Marie ! ». Des générations de pêcheurs de South Uist ont compté sur sa protection lorsqu’ils prenaient la mer.
Marie, Mère de Dieu, devait aussi épargner aux îles une affaire fâcheuse survenue au milieu du XXe siècle. La Seconde Guerre mondiale venait tout juste de s’achever, et le gouvernement britannique tenait particulièrement à renforcer sa puissance militaire. Dans les années 1950, le ministère de la Défense eut donc la grandiose idée d’établir une base de lancement de fusées sur South Uist, avec une importante garnison à y stationner.
Les habitants des îles n’y virent d’abord aucun inconvénient. Après tout, cela amènerait de l’argent et des emplois. Mais les habitants apprirent ensuite à quel point les plans des militaires étaient vastes : les installations devaient occuper presque toute la côte ouest. Cela ne pourrait se faire sans déplacements de population et expropriations, sans parler de la défiguration de la magnifique plage. De nombreux soldats auraient été stationnés là, avec peu d’affinités pour la culture, la langue et la foi des habitants gaélophones. Soudain, le mode de vie de toute l’île se trouvait menacé, et les habitants n’étaient pas disposés à l’accepter.
Mais comment résister à une puissance aussi considérable que l’armée britannique ? Seule une puissance plus grande encore pouvait conjurer ce malheur, une puissance sur l’aide de laquelle on pouvait toujours compter.
La Sainte Vierge Marie.
Le prêtre John Morrison entreprit donc de mobiliser l’aide divine. Il fit prier et faire ériger des sanctuaires le long des routes qui devaient mener au futur site de lancement. Les étrangers devaient bien comprendre à qui ils avaient affaire : la Vierge Marie, et toute l’île avec elle. Morrison ne s’arrêta pas au domaine religieux. Il organisa aussi une résistance politique, en usant habilement du pouvoir des médias.
Enfin, en 1954, il voulut mettre en scène une fois pour toutes le pouvoir de Marie. Sur la colline de Ruabhal (en anglais : « Rueval »), il choisit un emplacement situé à 50 mètres d’altitude, où il fit ériger par le célèbre sculpteur Hew Lorimer une statue de neuf mètres de haut en granit blanc, financée par les dons de la population et de l’Église. Elle fut achevée en 1958 et consacrée sous le nom de « Bana Thighearna nan Eilean » – « Our Lady of the Isles ». Portant l’Enfant Jésus dans ses bras, la Vierge dirigeait son regard sévère exactement en direction de la future base de lancement.
Toutes ces actions finirent par porter leurs fruits. En 1959, le ministère de la Défense annonça que le grand projet initial serait réduit à un simple site d’essai de fusées, qui pourrait fonctionner sans garnison permanente.
Les habitants des îles obtinrent gain de cause, grâce à la Sainte Vierge. Le site d’essai réduit apporta effectivement de l’argent et des emplois à South Uist, sans pour autant modifier la culture, la langue ni le paysage de l’île. La statue de Our Lady of the Isles a été inscrite en 2007 sur la liste des monuments classés d’Écosse.
Et le prêtre John Morrison ? On ne l’appela plus dès lors que « Father Rocket ».
Le savoir : catholiques et protestants dans les Hébrides extérieures
Les Western Isles sont divisées sur le plan confessionnel : tandis que l’île de Lewis, Harris et North Uist sont à dominante protestante, des prêtres catholiques prêchent la foi à Benbecula, South Uist et Barra. Contrairement par exemple aux conflits confessionnels d’Irlande du Nord, les habitants des îles occidentales d’Écosse vivent cependant paisiblement et dans la compréhension mutuelle.
Astuces : le machair et les fusées
Un peu au sud de la statue, au croisement en direction du Loch Sgioport, un chemin part vers l’ouest, déjà signalé par le panneau marron « Slighe na Machrach – Machair Way ». Si vous n’avez pas encore vu le machair, les célèbres plages et la mer de South Uist, c’est absolument le moment d’y remédier. À l’extrémité nord de la plage se trouve d’ailleurs l’actuel site d’essai de fusées.
Pour y aller :
Avec un GPS : « HS8 5RR » vous amènera à proximité de la statue.
Sans GPS : en principe, il n’existe qu’une seule grande route traversant l’île du nord au sud, l’A865. En venant du nord, c’est-à-dire de Benbecula, on traverse d’abord la chaussée menant à South Uist. On continue ensuite sur quelques kilomètres avant de traverser le Loch Bi. Apparaît alors sur la droite le petit hameau de Geirnis, tandis que devant soi la route serpente à flanc de colline, une station radar étant visible en haut à gauche. C’est le Ruabhal de South Uist (attention : il existe une colline du même nom sur Benbecula). Il faut y monter et repérer le panneau marron « Bana Thighearna nan Eilean ». Le chemin grimpe assez fort, avec un petit parking au sommet.
En venant du sud, roulez jusqu’au croisement où un panneau indique à droite « Loch Sgioport ». De là, on aperçoit déjà le Ruabhal et sa station radar.