Déjà de l’extérieur, Mount Stuart House, sur l’Isle of Bute, est d’une beauté unique. Mais comme souvent, ce sont les qualités intérieures qui comptent. Et elles sont, elles aussi, exceptionnelles.

Soudain, le Moyen Âge redevenait à la mode. À une époque où l’industrialisation battait encore son plein, de nombreux nantis se prenaient à rêver d’un Moyen Âge idéalisé. Le style architectural qui en résulta s’appelle le néo-gothique, et c’est précisément celui-ci qui fut mis en œuvre à Mount Stuart House, sur l’Isle of Bute. Évidemment, je voulais voir ça de mes propres yeux. Ce que je ne soupçonnais pas encore : après la visite guidée, j’affirmerais, aujourd’hui encore, qu’il s’agit de la plus belle maison d’Écosse.
Dès l’extérieur, ce bâtiment de grès rouge impressionne. Mais ce n’est rien comparé à ce qui attend à l’intérieur. La visite nous conduit d’abord dans le grand hall, qui me coupe littéralement le souffle.
On raconte, selon la guide, que Mount Stuart House contiendrait plus de marbre que n’importe quelle autre demeure de Grande-Bretagne, et même plus que la chapelle Sixtine à Rome. Je le crois sans peine en laissant mon regard remonter le long du hall.
Mais le marbre sert aussi de toile de fond aux couleurs projetées par la lumière traversant les vitraux. Trois d’entre eux sont insérés tout en haut de chaque côté du hall, soit douze au total. Chacun représente un mois de l’année.
Sur le plafond, qui s’étend entre les fenêtres tel un ciel, apparaissent les signes du zodiaque. Ils sont représentés par de petits vitraux, qui s’illuminent lorsque le soleil les traverse.
Je le remarque vite : rien que dans ce grand hall, je pourrais passer plusieurs heures sans jamais m’en lasser. Tant de détails. Par exemple ces grilles en bronze, d’abord presque invisibles, insérées entre les arcs brisés du premier étage – qui sont d’ailleurs, comme me le révèle la guide, des copies exactes des grilles visibles sur la tombe de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. L’architecte puisait en effet de nombreuses inspirations lors de ses voyages à travers l’Europe.
Depuis le hall se déploient naturellement plusieurs pièces. Par exemple le Drawing Room, le salon de la maison, avec son miroir imposant au-dessus de la cheminée.
Au plafond, le maître des lieux affiche fièrement ses origines nobles à ses invités. L’arbre généalogique est sculpté avec un art remarquable, juste au-dessus de nos têtes.
Un regard sur les colonnes vaut également le détour : dans les ornements sculptés au sommet des colonnes se cachent de petits animaux au milieu de motifs de feuillage.
La pièce suivante est une bibliothèque. On y trouve une magnifique horloge ancienne, ainsi qu’un buste de Robert the Bruce.
Face à ces grandes pièces, on pourrait facilement passer à côté d’un détail bien plus modeste, mais essentiel : trois livres. Il s’agit du Shakespeare First Folio, un recueil des pièces du célèbre dramaturge, publié sept ans après sa mort. Un exemplaire similaire a été vendu aux enchères en 2003 pour 3,5 millions de livres sterling.
La guide ramène ensuite le groupe à travers le hall jusqu’à l’escalier. Celui-ci est lui aussi étonnant : même les mains courantes, encastrées dans le mur, sont en marbre.
À l’étage se trouvent les chambres et les salles de bains. Et même celles-ci sont éblouissantes. Outre une cabine de douche – une véritable nouveauté à l’époque victorienne -, c’est la baignoire avec vue qui me plaît le plus.
Les propriétaires disposaient même déjà, à l’époque, d’un bidet.
Le néo-gothique puise extérieurement dans un Moyen Âge idéalisé, mais à l’intérieur de Mount Stuart House battait, à l’époque, la technologie la plus avancée. L’eau chaude courante, par exemple. Mount Stuart fut d’ailleurs la première maison d’Écosse éclairée par l’électricité.
La technique s’est imposée, mais le maître d’ouvrage, le 3e marquis de Bute, croyait aussi fermement à l’astrologie. Cela se voit clairement, et magnifiquement, dans l’Astrological Bedroom, où le seigneur du château fit immortaliser la constellation des astres au moment de sa naissance.
Et bien sûr, on retrouve ici aussi le motif des arcs gothiques posés sur colonnes. Cette fois, ils encadrent le passage vers un jardin d’hiver victorien.
En raison de sa belle luminosité, ce jardin d’hiver a d’ailleurs déjà servi de salle d’opération.
Le mélange de styles, parfois assez audacieux, se voit bien sur les chaises de la pièce, qui évoquent la mythologie de l’Égypte ancienne. Elles n’en sont pas moins élégantes pour autant.
Mais ce n’était même pas encore la chambre du maître de maison. Celle-ci se révélait bien plus somptueuse encore, notamment grâce à son plafond doré.
En comparaison, le mobilier paraissait presque sobre, et rappelait le style Art nouveau.
Toutes ces pièces sont reliées par des couloirs d’une beauté enchanteresse.
Avec tant de luxe et une telle croyance en l’astrologie, le marquis de Bute ne pouvait sûrement pas être un chrétien pieux, n’est-ce pas ? Et pourtant si. Son ambition le poussa même à faire construire une chapelle capable de rivaliser avec Rome.
Ici aussi, la lumière et les fenêtres jouent un rôle central. Lorsque le soleil brille, la chapelle s’illumine d’un rose délicat, produit par les lumières du plafond.
La visite guidée se termine finalement, mais la guide reste à proximité pour répondre volontiers aux questions. Nous pouvons désormais revisiter tranquillement toutes les pièces (et les photographier à loisir).
Quant à moi, je ressens surtout le besoin de sortir pour digérer toutes ces impressions colorées et stylistiques. Je m’attaque alors à la façade et fais le tour de la pelouse devant la maison.
Je prends ensuite à nouveau le temps de revisiter toutes les pièces de la maison. Qui visite Mount Stuart et souhaite vraiment tout voir doit prévoir du temps. Une demi-journée suffit à peine. Autour de la maison s’étend aussi un vaste parc, qu’il faut compter environ un quart d’heure pour traverser jusqu’à l’entrée du domaine. Des navettes circulent ici toutes les quelques minutes. Mais il vaut la peine de faire au moins un trajet à pied, pour visiter par exemple les jardins et leur serre.
Près de vingt jardiniers salariés et bénévoles, ainsi que leurs assistants, entretiennent les plantations et les forêts du domaine.
Pour finir, je monte moi aussi dans la navette, qui me ramène jusqu’au bâtiment d’accueil et au parking.
Je digère encore toutes ces impressions ressenties dans la maison. Les pièces sont luxueuses, éclatantes, richement décorées. Et pourtant, rien dans cette maison ne me paraît kitsch ou surchargé. Elle m’impressionne, me submerge peut-être même un peu, tout en restant d’un goût sûr, d’une élégance raffinée, et véritablement innovante pour son époque.
En résumé : j’ai trouvé ici la plus belle maison d’Écosse.
Le saviez-vous : les bâtisseurs de Mount Stuart House
John Crichton-Stuart, né en 1847, était le 3e marquis de Bute. Dès l’âge de six mois, il hérita de la fortune, des terres et du titre familial. Il s’intéressa très tôt à la religion, mais aussi à l’occultisme, ce qui se retrouve d’ailleurs dans la décoration de la maison. À 21 ans, il fit un geste inhabituel pour la société de son époque : il se convertit au catholicisme.
Stuart était un érudit et un philanthrope. Il s’intéressait aussi passionnément à l’architecture. Lui et Robert Rowand Anderson furent les esprits à l’origine de la construction de Mount Stuart House, débutée en 1878. À la mort de John Crichton-Stuart en 1900, la maison n’était pas encore achevée – et elle ne l’est d’ailleurs toujours pas aujourd’hui. Certaines colonnes restent en effet dépourvues d’ornements, contrairement aux autres.
Conseil : Mount Stuart House et l’art
Mount Stuart s’efforce de ne pas rester figé dans le passé. La demeure accueille régulièrement des œuvres d’art contemporain. Des créations se dressent alors soudainement dans ces vieux murs, y semblant volontairement décalées. C’est notamment le cas dans la crypte de la chapelle.
Pour ceux qui préfèrent d’autres formes d’art, la maison présente aussi quelques maîtres anciens au sein de la Bute Collection – et quels maîtres ! Rubens n’en est qu’un exemple parmi d’autres.
À noter : dans cette pièce aussi, un coup d’œil aux détails vaut la peine…
Comment y aller :
Avec un GPS : saisissez « PA20 9LR » et c’est parti.
Sans GPS : Depuis Rothesay, la ville principale de Bute où accostent les ferries, prenez la direction du sud le long de la promenade côtière. Autrement dit, en sortant du ferry, tournez à gauche sur l’A844. Peu après que la route s’éloigne de la mer pour s’enfoncer dans les terres, un panneau marron indique Mount Stuart House. L’entrée se trouve bien visible sur la gauche de la route. Continuez jusqu’au parking situé devant le centre d’accueil.