Tout à l’ouest, un peu à l’écart des grands pôles touristiques, se trouve la paroisse d’Uig. Elle compte parmi les plus beaux endroits que l’île de Lewis ait à offrir.

La route traverse une vallée profonde. À gauche, sur le versant, se tient un chevreuil ; à droite, au-dessus de la crête, des aigles royaux tournoient, guettant leur proie. Puis la vallée s’ouvre et l’on roule vers une immense plage de sable. Un simple rêve ? Non ! Nous sommes à Uig, la partie occidentale de l’île hébridienne de Lewis.
Le centre impressionnant de cette région est la Camas Uig – la « large baie d’Uig ». À marée basse, la mer se retire et laisse apparaître une plage de sable large de jusqu’à deux kilomètres et demi, la « Tràigh Uige ». Autour d’elle s’élèvent des montagnes de plus de 400 mètres, dont les sommets accrochent souvent les nuages. Dans les collines entre plage et montagnes se nichent des villages aux noms gaéliques : Cradhlastadh (Crowlista), Timsgearraidh (Timsgarry) et Eadar Dha Fhadhail (Ardroil). D’ailleurs, le gaélique y est encore fréquemment parlé.
Uig ne possède pas d’attractions aussi évidentes que celles de Calanais ou de Dun Carloway. La région tire sa force de sa nature sauvage et magnifique, ainsi que de son isolement. En effet, une seule route y mène, serpentant à travers la vallée du Gleann Bhaltois (Glen Valtos). Le trajet pour y arriver constitue déjà, à lui seul, une attraction incontournable.
La nature est donc ici la véritable attraction : en été, le machair est en fleurs, aigles royaux et pygargues à queue blanche se laissent souvent apercevoir, et derrière les dunes s’étend, à marée basse, une plage de sable presque infinie, qui se termine dans une eau bleu azur. En poursuivant vers le sud sur la route côtière à voie unique, on découvre de hautes falaises abritant des criques de sable cachées et des bovins Highland en train de paître, avant que la route ne s’achève sur une prairie, d’où l’on aperçoit l’île d’Eilean Mhealasta.
À savoir : 93 célébrités venues d’Uig
En 1831, 93 pièces d’échecs et de tables (les « tables » étant une sorte de backgammon) taillées dans de l’ivoire de morse et des dents de baleine furent découvertes sur la plage d’Uig. Ces précieux objets datent probablement du XIIe siècle, une époque où le jeu d’échecs était déjà très populaire en Europe. On suppose que des Norvégiens ont sculpté ces pièces et cherchaient à les transporter, via les Hébrides extérieures, jusqu’en Irlande.
À cette époque, les Hébrides extérieures faisaient partie du royaume de Norvège, après avoir été conquises par les Vikings. Pour une raison inconnue, un marchand semble avoir dissimulé ces précieuses pièces sur la plage d’Uig. Le nombre de pièces d’échecs, largement suffisant pour plus d’une seule partie, laisse en effet penser qu’il s’agissait bien d’un marchand.
Que les Lewis Chessmen proviennent d’un royaume nordique, c’est ce que suggèrent les pions. Ils sont représentés en berserkers, ces guerriers furieux mordant leur bouclier. Les berserkers combattaient dans un état de transe et ne ressentaient plus la douleur ; on les retrouve dans les vers nordiques.
Tout cela reste toutefois de simples suppositions, car on ne sait finalement même pas avec certitude où les Lewis Chessmen ont réellement été trouvées. Le débat, aujourd’hui encore, reste vif à ce sujet.
Onze de ces pièces se trouvent aujourd’hui au musée d’Édimbourg, les autres au British Museum de Londres. Qu’aucun de ces trésors ne soit resté à Uig est certes regrettable. Mais les habitants ont tout simplement fait fabriquer de nouvelles pièces – sous forme de statues en bois grandeur nature, voire plus grandes encore. Un roi se dresse ainsi près de la plage, un berserker devant le musée d’Uig, et un cavalier près de la distillerie Abhainn Dearg.
À noter : dans la trilogie de Lewis de Peter May, qui mérite vraiment d’être lue, une partie du troisième tome, « The Chessmen », se déroule également à Uig.
Et une autre célébrité encore : le « Nostradamus écossais », Coinneach Odhar, serait originaire d’Uig. Il est devenu célèbre sous le nom de Brahan Seer, le voyant de Brahan. Il fit alors quelques prédictions stupéfiantes, dont l’une des plus terribles s’est d’ailleurs réalisée :
“Oh! Drumossie, thy bleak moor shall, ere many generations have
Passed away, be stained with the best blood of the Highlands.
Glad am I that I will not see the day,
for it will be a fearful period; heads will be lopped off by the score,
and no mercy shall be shown or quarter given on either side.”
Selon ces vers, la lande de Drumossie serait souillée du « meilleur sang des Highlands ». Drumossie se trouve à quelques centaines de mètres seulement du champ de bataille de Culloden, où des centaines de Highlanders perdirent la vie en 1746.
Brahan fut nettement moins doué pour prédire sa propre mort : après avoir cédé, en 1665, aux demandes de la comtesse Isabella de Seaforth et lui avoir révélé ce que faisait son mari à Paris à cet instant même – à savoir s’agenouiller devant une autre dame -, celle-ci le fit sans détour enfermer dans un tonneau de goudron et brûler. Mais avant cela, le voyant dicta encore quelques prophéties, dont beaucoup ne se sont jamais réalisées, tandis que d’autres se sont révélées étonnamment justes. Il faut toutefois préciser que Brahan est aussi une figure légendaire : on ne sait donc pas exactement ce qu’il a réellement dit, ni même à quelle époque il a vraiment vécu.
Astuces : visite du musée d’Uig et vue depuis le Forsnabhal
Près de l’école, dans le centre communautaire d’Uig, le petit musée de Timsgearraidh fait découvrir aux visiteurs l’histoire de la région. Des temps les plus anciens, en passant par l’époque viking, jusqu’au siècle dernier, il présente tout ce qu’il faut savoir sur le mode de vie des habitants. Objets exposés et photographies permettent de plonger dans une époque révolue, souvent rude. Les Chessmen y jouent bien sûr aussi un rôle, même si ce ne sont pas les originales qui y sont exposées.
Une vue fantastique sur Aird Uig – littéralement « le haut d’Uig » – s’offre depuis la colline du Forsnabhal. Elle culmine à 205 mètres, avec une station météo à son sommet. Le petit plus : on peut y monter en voiture presque jusqu’en haut et ne gravir qu’un escalier pour le reste du trajet.
On trouve le Forsnabhal en tournant à droite vers Aird Uig après le Gleann Bhaltois, puis en suivant la route jusqu’à ce qu’une route secondaire, sur la droite, grimpe une colline. On aperçoit la station sur la colline de loin déjà.
Note personnelle : une région de rêve
Quand je pense à l’île de Lewis, ce sont des images d’Uig et de ses environs qui me viennent à l’esprit. C’est, pour moi, la partie la plus fascinante et la plus sauvage de l’île. On peut toujours y découvrir quelque chose de nouveau, comme des plages isolées nichées dans une crique, ou des routes qui se terminent en plein nulle part. Le calme de la région contribue en plus à se détendre du stress du quotidien.
Comme hébergement à Uig, je peux d’ailleurs vivement recommander le Suainaval Bed & Breakfast. Il se trouve à Cradhlastadh et offre une vue fantastique directement sur le Tràigh Uige.
Comment y aller :
Avec un GPS : entrer « HS2 9JE » et prendre la route.
Sans GPS : depuis Stornoway, prendre d’abord l’A859 en direction de la région d’Uig, mais tourner presque aussitôt sur l’A858 vers Gearraidh na h-Aibhne et continuer jusqu’à ce village. Là, tourner à gauche sur la B8011 vers Timsgearraidh. Suivre ensuite la route jusqu’à traverser la vallée du Gleann Bhaltois (Glen Valtos).