Une ruine sinistre dressée au bord d’une falaise, des murs décharnés comme un squelette de pierre : difficile de ne pas penser à Dracula devant Slains Castle. La légende veut que Bram Stoker s’en soit inspiré pour écrire son roman culte. La vérité est un peu plus nuancée — mais tout aussi fascinante.

Bram Stoker, Slains Castle et la naissance de Dracula
« Dracula » de Bram Stoker, publié en 1897, reste l’un des romans gothiques les plus lus au monde et l’un des mythes fondateurs du cinéma d’horreur. En France, le personnage du comte vampire a traversé les générations, du roman aux adaptations les plus célèbres. Bram Stoker a bel et bien séjourné près de Slains Castle vers 1895, c’est un fait établi. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le rôle exact que la ruine a joué dans la genèse du roman.
Car les premières idées du roman étaient déjà en germe chez Stoker avant ses visites en Écosse. Et à l’époque, Slains Castle n’avait pas encore cette allure inquiétante qui est la sienne aujourd’hui : le château était encore habité et entretenu. Un indice troublant subsiste malgré tout : la salle octogonale du château semble correspondre étroitement à la description que fait Stoker de la grande salle du château de Dracula dans son roman. Un peu de l’atmosphère du lieu s’est donc bien glissée dans l’histoire du vampire le plus célèbre de la littérature.

C’est précisément cette atmosphère, mi-réelle mi-légendaire, qui attire aujourd’hui tant de visiteurs sur cette côte reculée de l’Aberdeenshire.
De demeure aristocratique à ruine gothique
Le déclin de Slains Castle a commencé de façon presque administrative : la suppression du toit permettait d’éviter certains impôts. Ce fut le début de la fin. Les pierres des murs furent ensuite réemployées pour construire d’autres bâtiments. Résultat : ce squelette de maçonnerie que l’on découvre aujourd’hui sur les falaises, qui ne laisse plus deviner qu’une fraction de sa splendeur passée.
Ce que l’on appelle aujourd’hui Slains Castle est en réalité le « New Slains Castle » : la demeure a remplacé, au XVIe siècle, l’ancien château (« Old Slains Castle »), situé plus au sud et appartenant lui aussi aux Earls of Erroll. La famille avait choisi cet emplacement pour ses contrastes saisissants — prairies fertiles d’un côté, mer du Nord déchaînée de l’autre.

Au départ, seul un simple donjon résidentiel se dressait ici. Puis les modes ont changé, et au XIXe siècle, les Earls of Erroll ont fait appel à un architecte réputé : John Smith, architecte municipal d’Aberdeen. C’est en partie grâce à lui, et à un confrère, que la ville doit son surnom de « Granite City ».

Smith donna à Slains Castle le style « baronial écossais » typique de l’époque. En se tenant aujourd’hui devant les ruines, il faut imaginer : de somptueux jardins côté terre, et côté mer, de grandes fenêtres ouvertes sur l’horizon marin. C’est cette demeure singulière, mi-forteresse mi-manoir romantique, qui attirait déjà les visiteurs à la fin du XIXe siècle — Bram Stoker parmi eux.
Les comtesses d’Erroll et le réseau secret des jacobites
Si le lien avec Bram Stoker est souvent célébré — et parfois exagéré —, le rôle de Slains Castle dans l’histoire des jacobites reste largement méconnu, alors qu’il est tout aussi passionnant. Slains fut en effet un foyer majeur de résistance jacobite, porté avant tout par des femmes remarquables.
Trois générations de comtesses d’Erroll — Lady Catherine Carnegie, Lady Anne Drummond, puis sa fille Mary Hay — ont maintenu un véritable réseau de communication clandestin entre l’Écosse et la cour jacobite en exil, en France. Catherine en fut probablement l’instigatrice : des lettres, parfois codées, parfois écrites au jus de citron, auraient été exfiltrées d’Aberdeen à bord de navires chargés de saumon en partance pour la France. Slains Castle devint ainsi le véritable bureau de poste des jacobites, et des navires français osaient parfois y jeter l’ancre.

Anne poursuivit et amplifia ce travail : en 1708, toute la préparation d’une tentative d’invasion jacobite et française transitait par Slains. Elle participa activement à la planification et hébergea même un colonel français au château — une entreprise qui échoua et la ruina. Sa fille Mary prit ensuite le relais et contribua à recruter des soldats dans la région lors du soulèvement de 1745, avant de mourir en 1758.
La marche jusqu’à la ruine
Slains Castle se trouve près de Cruden Bay, à environ 37 kilomètres au nord d’Aberdeen. Pour atteindre la ruine, il faut compter environ un kilomètre de marche — une promenade qui vaut déjà le détour à elle seule, sur de bons chemins.
Le sentier traverse d’abord un petit bois, puis longe une rivière qui dessine une jolie petite vallée sur la droite. On croise aussi une ancienne tour de brique, dont l’histoire reste mystérieuse, avant que le chemin ne s’infléchisse vers la côte et n’offre le premier aperçu du château. Il vaut la peine de s’aventurer prudemment sur l’une des pointes rocheuses pour embrasser toute la scène du regard.

Malgré son atmosphère sombre, la nature environnante mérite qu’on lui accorde un peu d’attention : framboises sauvages orange en été, hérons cendrés à l’affût dans les prairies voisines — de quoi ponctuer agréablement la marche jusqu’aux ruines.
Comment s’y rendre
Avec un GPS : le code « P9S3.YBR » (What3Words / Mapcode) mène à proximité du parking.
Sans GPS : depuis Aberdeen, suivre l’A90 parallèlement à la côte est jusqu’au panneau indiquant Cruden Bay. Tourner à droite et suivre la route principale. Au panneau « Beach », tourner à droite et continuer jusqu’au parking « Slains Castle ».
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