L’île écossaise d’Islay est avant tout synonyme de whisky. Pourtant, elle a bien plus à offrir : culture, nature, festivals. Voici un aperçu complet pour préparer votre voyage sur Islay.

Infos sur Islay :
» Généralités
» Sites à voir
» Les plages d’Islay
» Les whiskys
» Meilleure période pour voyager
» Comment s’y rendre
» Festivals
» Histoire
Islay est l’île la plus méridionale des Hébrides. Elle se trouve à peu près à la latitude d’Édimbourg et de Glasgow, sur la côte ouest de l’Écosse.
Islay est à peu près de la taille de Singapour, en Asie. Mais tandis que 5,6 millions de personnes vivent sur les 620 kilomètres carrés de la cité-État, Islay ne compte que 3 228 habitants.
Islay est connue et célèbre pour son whisky. Pas moins de huit distilleries y produisent l’eau de vie, et d’autres sont encore en projet.
Mais l’île séduit aussi par une nature magnifique : des collines verdoyantes descendent vers des plages de sable blanc, des aigles tournoient au-dessus de falaises abruptes où se brise une mer bleu-vert. Sur les terres agricoles paissent vaches et moutons, parfois de races peu communes.

Et puis il y a bien sûr les habitants et leur histoire. Islay fut autrefois le centre d’un royaume insulaire gaélique, gouverné par les MacDonald. Aujourd’hui encore, l’ancienne langue des Highlands & Islands est bien présente sur l’île – lors des événements culturels, des fêtes et, enfin, dans les noms mêmes des whiskys de l’île. En gaélique, l’île s’appelle d’ailleurs Ìle, qui se prononce à peu près « Île ».
Les lieux et régions d’Islay : un voyage à travers la silhouette d’une sorcière
Sur la carte, avec un peu d’imagination, Islay prend la forme d’une vieille sorcière : le visage allongé, avec le menton et le chapeau pointu, correspond à la péninsule des Rhinns of Islay. Rhinns vient du gaélique « Roinn » et signifie à peu près « portion » ou « partie ». On y trouve les deux distilleries Kilchoman et Bruichladdich. Au sud, les Rhinns of Islay se terminent près du village de Portnahaven.

À l’ouest des Rhinns s’étendent certaines des plus belles plages d’Islay, comme Machir et Saligo Bay. La sorcière a même un œil ici : Loch Gorm est le plus grand lac d’eau douce de l’île.
Les sea lochs d’Indaal et de Gruinart s’enfoncent profondément dans Islay, formant ainsi la nuque de la sorcière. Loch Gruinart est l’une des deux réserves ornithologiques d’Islay, où séjournent, de septembre à avril, des dizaines de milliers d’oies.
À l’est de Loch Gruinart commence l’île principale d’Islay, qui forme en quelque sorte la bosse de la sorcière. On y trouve Loch Finlaggan, le centre des Lords of the Isles (en allemand pour l’instant). Plus à l’est, on approche du détroit entre Islay et Jura ; les deux sommets caractéristiques de l’île voisine s’appellent les Paps of Jura, et deviennent alors un point de repère constant – ce qui n’a rien d’étonnant, puisque l’anglais « Paps » peut aussi se traduire par « seins ».

Près du détroit, le Caol Ìle (prononcer à peu près « keul Ile »), se trouvent trois autres distilleries de whisky : la petite nouvelle Ardnahoe et les deux vénérables Bunnahabhain et Caol Ila. À l’est, l’île se termine enfin par le port de Port Askaig. C’est de là que partent non seulement le ferry vers le continent, mais aussi celui vers l’île de Jura.

En reprenant la route vers l’ouest puis en bifurquant vers le sud, on arrive ensuite au village de Bowmore.

C’est à Bowmore que bat le cœur d’Islay. On y trouve plusieurs restaurants et hôtels alignés les uns à côté des autres, ainsi qu’une petite rangée de boutiques. Le petit port offre aussi une vue magnifique sur la distillerie Bowmore. À la sortie sud du village se trouve enfin la célèbre église ronde. Ronde, pour que le diable ne puisse se cacher dans aucun coin.
On roule ensuite un bon moment sur la route principale de l’île, en passant devant l’aéroport, jusqu’à ce qu’apparaissent enfin, au sud, les Islay Maltings, la grande malterie de l’île.

Juste derrière se trouve le village de Port Ellen, le second port de ferry de l’île, où l’on trouve aussi de grands hôtels avec restaurants.

De là, la route continue vers l’est – c’est-à-dire, si l’on veut, vers le derrière de la sorcière. On y trouve alignées, le long de la côte rocheuse, les trois distilleries Laphroaig, Lagavulin et Ardbeg. Sur les rochers des baies du sud, on voit souvent des phoques profiter du bon temps.

Restent enfin les pieds de la sorcière : la péninsule d’Oa, au sud-ouest d’Islay. On y trouve la seconde réserve ornithologique de l’île, ainsi qu’un impressionnant paysage de falaises.
Sites à voir
Voici les principaux sites à voir, et aussi les plus photogéniques, d’Islay. Les distilleries font l’objet d’une section à part, tout comme les plages.
Kildalton Cross

Près des ruines de l’église de Kildalton se dressent plusieurs pierres tombales. L’une d’elles se distingue par-dessus toutes les autres : la Kildalton Cross. Taillée dans un seul bloc de pierre, cette croix vieille de plus de mille ans témoigne du raffinement de la culture qui régnait sur l’île à l’époque des Lords of the Isles.
Plus d’informations sur la Kildalton Cross (en allemand pour l’instant).
Dunyvaig Castle

Les ruines d’un ancien château des MacDonald, situées dans la baie de Lagavulin, juste en face de la distillerie. C’est ici que mouillaient autrefois les navires venus d’Irlande. Le château appartenait aux MacDonald.
Plus d’informations sur Dunyvaig Castle (en allemand pour l’instant).
Mull of Oa et l’American Monument

Le sud-ouest d’Islay est souvent délaissé par les visiteurs. Pourtant, on y découvre l’un des visages les plus beaux et les plus sauvages de l’île. Cette péninsule s’appelle An Oa. L’une des deux réserves ornithologiques d’Islay s’y trouve. Et la terre s’y termine en apothéose : le Mull of Oa offre un spectaculaire paysage de falaises, couronné d’une tour, l’American Monument. Elle rend hommage aux marins morts au large du Mull of Oa.
Plus d’informations sur le Mull of Oa (en allemand pour l’instant).
Kilarrow Parish Church

L’église remarquable de Bowmore s’appelle Kilarrow Parish Church. Elle attire l’œil parce qu’elle est perchée sur une hauteur, et que la rue principale du village semble presque y mener directement. Elle est en outre entièrement de forme ronde. Selon la légende : il ne fallait aucun coin, pour que le diable ne puisse s’y cacher. En réalité, le commanditaire s’était simplement inspiré d’un plan d’architecte qu’il avait vu ailleurs. La Kilarrow Parish Church fut d’ailleurs inaugurée dès 1769 et figure elle aussi sur la liste des monuments classés d’Écosse. Des offices y ont encore lieu aujourd’hui, et le cimetière attenant est lui aussi très beau.
Finlaggan

L’ancien cœur du grand royaume insulaire des Lords of the Isles, situé sur une petite île au milieu d’un lac d’eau douce. Même s’il n’en reste que des ruines, l’atmosphère du lieu opère toujours. Le musée abrite également un café.
Plus d’informations sur Finlaggan (en allemand pour l’instant).
Kilmeny Graveyard et Dun Ghuaidhre

Un simple petit détour depuis la route mène à un beau cimetière offrant une vue sur les champs d’Islay. La sortie de route, déjà, est magnifique. En venant de Port Askaig, on tourne à gauche vers Kilmeny House. Le chemin de terre traverse alors une petite forêt féerique.

En continuant tout droit, on arrive à Kilmeny House, un B&B. Pour le cimetière, il faut prendre la route suivante à droite.

Depuis le cimetière, on aperçoit une colline qui ne semble pas très naturelle. Il s’agit de Dun Ghuaidhre, un ancien fort de l’âge du fer. On revient ensuite par le même chemin jusqu’à la route.
Woolen Mill

Une modeste maison de pierre cache bien des trésors : de vieux métiers à tisser et des vêtements neufs. L’Islay Woolen Mill a même confectionné des costumes pour des films, mais aussi pour la haute noblesse du royaume. Une visite vaut le détour, grâce aux histoires racontées par le propriétaire et à la découverte de la fabrication.
Plus d’informations sur l’Islay Woolen Mill (en allemand pour l’instant).
Cill Chiarain

En contrebas des maisons éparpillées du village de Kilchiaran, sur la côte ouest des Rhinns of Islay, se trouvent les ruines d’une église médiévale. C’est ici que saint Columba, le grand missionnaire d’Écosse, aurait posé le pied sur Islay pour la première fois. À l’intérieur de l’église se trouve notamment un ancien bassin baptismal. En continuant depuis l’église jusque dans la baie, le visiteur trouve une plage composée surtout de gros galets.
Tormisdale Croft Crafts

Au beau milieu de nulle part, sur les Rhinns, se trouve la boutique Tormisdale Croft Craft Shop. On y trouve de la laine filée à la main et toutes sortes d’autres produits naturels issus de l’exploitation agricole. Une petite boutique de ferme pleine de charme.
Les plages d’Islay : du sable à perte de vue
Certaines des plus belles plages d’Écosse se trouvent sur Islay. Certes, on y voit rarement des gens allongés au soleil ou se baignant, car le vent souffle presque toujours et l’eau reste assez froide. Des courants dangereux peuvent en outre s’y former. Mais les plages y sont relativement désertes et se prêtent parfaitement à de longues promenades.
Les principales plages figurent sur la carte des sites à voir ci-dessus. On trouve par ailleurs une belle plage devant la distillerie Bowmore, ainsi qu’à l’entrée du village de Port Ellen et dans Port Ellen même.
Voici quelques autres belles plages d’Islay, brièvement présentées.
Cruach Mhòr

La plus grande plage d’Islay s’étend à l’ouest de la route entre Bowmore et Port Ellen. Près de huit kilomètres de sable fin, interrompus de temps à autre par quelques rochers. L’accès n’est toutefois pas si simple. Un chemin de terre mène, au nord de l’A846, jusqu’à Laggan Farm. Au milieu, juste au nord de l’aéroport d’Islay, un chemin de terre également mène à la plage. Au sud en revanche, l’accès se fait près de Kintra Farm, où la route est bien meilleure.
Kilchiaran Bay

Depuis le village de Port Charlotte, une route part vers la côte ouest des Rhinns of Islay. Le village de Kilchiaran, avec les ruines de son église, s’y trouve ; en dépassant les ruines, le visiteur arrive dans une baie où l’on trouve beaucoup de galets, mais aussi un peu de sable.
Saligo Bay

L’une des plages les plus intéressantes et les plus sauvages de l’île se trouve à Saligo Bay. Le sable y est entrecoupé de formations rocheuses saisissantes ; à la lisière avec les prairies, on trouve des silex. Les vagues y semblent encore plus déchaînées que sur les autres plages. On accède à Saligo Bay par une route qui passe devant la distillerie Kilchoman, puis tourne à droite.
Machir Bay

Une petite plage remarquable se trouve près du village de Kilchoman, non loin de la distillerie. On y trouve aussi un cimetière pour les marins morts lors d’un naufrage survenu à proximité.
Plus d’informations sur Machir Bay (en allemand pour l’instant).
Claggain Bay

Pas de sable, et c’est justement ce qui en fait toute la beauté. À Claggain Bay, les vagues ont poli de gros galets, en révélant magnifiquement leurs jeux de couleurs. La route qui y mène passe devant les trois distilleries du sud de l’île, puis continue tout droit.
Le whisky d’Islay : une île tout entière dédiée au whisky
L’esprit du whisky plane bien sûr sur toute l’île. Le voyageur ne croise pas seulement des distilleries. Le silo à grain du port de Port Ellen, la malterie à l’entrée du village, la boutique de Bowmore et les nombreux entrepôts rappellent sans cesse qu’ici, le whisky (en allemand pour l’instant) se fabrique, et en masse.
Toutes les distilleries disposent d’une boutique et proposent visites et dégustations – du simple circuit jusqu’aux masterclasses, où des flacons plus rares sont présentés avec des commentaires d’experts. Les boutiques proposent le plus souvent une Distillers Edition, disponible uniquement sur place. Dans certaines distilleries, la première gorgée est offerte ; dans d’autres, elle est payante.

Les distilleries portent toutes des noms issus du gaélique, le plus souvent une simple description du lieu. Le nom prend cependant en général la forme anglaise, qui imite phonétiquement le gaélique. La bonne nouvelle : Bowmore, Lagavulin, Ardbeg se prononcent donc simplement comme ils s’écrivent.
Pour la prononciation des noms gaéliques, de nombreuses variantes circulent. Ainsi, pour Caol Ila, on entend souvent « kall Ila » ou « kouhl Eila ». En toute franchise : cela n’a plus grand-chose à voir avec le gaélique. « Caol » signifie détroit et se prononce à peu près « keul ». Ila, selon l’usage actuel, n’est même pas vraiment du « vrai » gaélique. La forme correcte serait Ìle, ce qui donnerait à peu près « keul Ile » (Ö long, I long). J’ai d’ailleurs déjà entendu des habitants utiliser cette prononciation pour le détroit. Mais essayez donc de commander un whisky ainsi lors d’un salon du whisky en Allemagne…
Il est néanmoins très intéressant d’expliquer l’origine de chacun de ces noms. Voyageons donc du sud au nord d’Islay, à la découverte des distilleries.
Les trois du sud :
Les trois distilleries du sud ne sont pas faites pour les âmes sensibles. Elles produisent des whiskys fumés, tourbés, presque médicinaux. Les plus courageux parcourent à pied le chemin depuis Port Ellen et visitent les trois distilleries en chemin. Comme cela a régulièrement causé des accidents impliquant des piétons ivres sur la route, un chemin goudronné longe désormais la route.
Laphroaig

Depuis 1815, on y distille du whisky dans le « creux de la large baie ». Des crésols donnent au Laphroaig un goût tout à fait unique. Les bâtiments de la distillerie figurent sur la liste des monuments classés d’Écosse. Laphroaig malte en partie son propre orge, en partie s’approvisionne à la malterie de Port Ellen. Elle appartient au groupe américano-japonais Beam Suntory. Le nom se prononce « Lafroïg ».
Pourquoi la visiter : une distillerie authentique à l’ambiance bien à elle et un whisky vraiment singulier. On peut se faire photographier sous l’inscription de l’entrepôt.
Lagavulin

Dans le « creux du moulin » se dresse cette distillerie, face aux ruines du château de Dunyvaig – elle offre un cadre magnifiquement photogénique. Elle produit elle aussi un whisky assez puissant. Fondée en 1816. Lagavulin s’approvisionne entièrement en orge maltée auprès des Port Ellen Maltings et appartient au grand groupe Diageo.
Pourquoi la visiter : de belles salles anciennes dans l’espace visiteurs. Sinon, la baie et la vue sur le château sont à couper le souffle. Avec un peu de chance, on peut y voir des phoques.
Ardbeg

La dernière de la rangée est Ardbeg, dont les origines remontent également à 1815. Ardbeg signifie « petite hauteur ». On y produit un bon nombre d’embouteillages différents, tous très tourbés. Ardbeg appartient au groupe Moët Hennessy Louis Vuitton. Le centre d’accueil propose également une très bonne restauration.
Pourquoi la visiter : un bon restaurant, un site immense, un alambic très photogénique juste à côté du parking, et l’entrepôt au toit de tôle. Superbe.
Les trois de l’ouest :
Bowmore

C’est l’une des plus anciennes distilleries qui soient, puisqu’on y produit du whisky depuis 1779. Les Bowmore sont très souvent vieillis en fûts de xérès. Ainsi se mêlent, à une pointe de fumée et de tourbe, des arômes sucrés. Bowmore – ou en gaélique « Bogh Mór » – signifie « grande courbe ». La distillerie appartient au groupe Beam Suntory. Bowmore est l’une des rares distilleries qui maltent encore elles-mêmes.
Pourquoi la visiter : se combine bien avec une flânerie dans le village de Bowmore. Sinon, la visite guidée fait tout découvrir, depuis l’aire de maltage jusqu’au Vault No 1.
Bruichladdich

Il suffit de traverser le Loch Indaal pour atterrir à la distillerie Bruichladdich. Le nom vient du gaélique « Bruthach a’ Chladaich », dont « Bruichladdich » est une nouvelle fois la transcription phonétique anglaise. Traduction approximative : « pente escarpée de la plage ». Bien que fondée dès 1884, la production n’a repris qu’en 2001 – avec un immense succès.
Si l’idée de départ était de distiller des whiskys non tourbés sous la marque Bruichladdich, la distillerie a prouvé, avec le Port Charlotte, qu’elle savait aussi manier tourbe et fumée. Avec l’Octomore, elle fixe même la référence en la matière. Et depuis quelque temps, elle fait aussi sensation avec le gin « The Botanist ». Des visites et dégustations y sont proposées, tant pour le gin que pour le whisky. Bruichladdich appartient désormais au groupe Rémy Cointreau.
Pourquoi la visiter : l’aménagement en partie encore victorien et l’association avec le gin rendent Bruichladdich particulière.
Kilchoman

Cette distillerie est assez petite et totalement indépendante. Elle propose même un whisky sous le label « 100% Islay » – ici, le grain provient même de sa propre ferme et le vieillissement se fait également sur l’île (ce qui n’est plus le cas chez certains autres producteurs).
La particularité de Kilchoman est une touche de réglisse. Au total, la gamme d’embouteillages proposée est si vaste que la visite de la masterclass devient une expérience gustative inoubliable (oui, l’auteur est un peu fan de Kilchoman). Contrairement aux vieux entrepôts de la concurrence, les bâtiments de cette jeune distillerie n’ont en revanche rien de spectaculaire.
Le petit café installé dans le bâtiment de la distillerie est d’ailleurs excellent lui aussi. Kilchoman est la transcription anglaise de « Cille Chomain », qui signifie « église de Coman ».
Pourquoi la visiter : l’une des distilleries les plus chaleureuses et les plus familiales d’Islay, avec une boutique sympathique et une bonne restauration. L’une des visites guidées les plus compétentes que j’aie suivies – lors de la masterclass, cela dit. À compléter par une des plages toutes proches.
Plus d’informations sur la Kilchoman Distillery (en allemand pour l’instant) et sa visite dans l’article détaillé.
Les trois du nord-est :
Caol Ila

Autant le dire tout de suite : le bâtiment est loin d’être beau. Et pourtant, Caol Ila a bien son charme. D’une part à cause du volume tout simplement colossal qui y est produit. D’autre part parce que la vue sur le détroit de Caol Ìle, avec son fort courant et les montagnes de Jura en arrière-plan, est tout simplement grandiose. J’ai déjà évoqué plus haut la prononciation du nom de ce whisky.
Pourquoi la visiter : la distillerie au plus gros volume de production sur Islay – six alambics à admirer. Sinon, la vue grandiose fait tout le charme du lieu.
Ardnahoe

Il n’y a pas encore grand-chose à dire ni sur le whisky ni sur la distillerie elle-même. Lors de ma dernière visite, Ardnahoe n’était en effet pas encore achevée.
Bunnahabhain

La distillerie Bunnahabhain fut fondée en 1881 ; ses entrepôts gris figurent eux aussi sur la liste des monuments classés d’Écosse. Le whisky y est relativement doux et peu tourbé. Pour la distillation, on utilise du grain malté en provenance de Port Ellen.
Bunnahabhain s’écrit en gaélique « Bun na h-Abhainne » et signifie probablement « embouchure de la rivière ». Wikipédia indique « source de la rivière », car Bun peut aussi signifier « origine ». Vu l’emplacement en bord de mer et le démenti du producteur lui-même, je considère cela comme peu crédible. La distillerie appartient au groupe sud-africain Distell.
Pourquoi la visiter : la situation de la distillerie, dans une baie rocheuse sur le Caol Ìle, offre des vues magnifiques ; les bâtiments eux-mêmes figurent sur la liste des monuments classés d’Écosse. De nombreux fûts, disposés à l’extérieur, offrent en outre un très joli décor.
Le gin d’Islay
En Écosse, les distilleries de gin semblent ouvrir partout en ce moment. L’île du whisky, Islay, ne fait pas exception, d’autant que le gin le plus réputé provient d’une distillerie de whisky.
Botanist Gin

Ugly Betty est le nom de l’alambic de Bruichladdich, dans lequel est distillé le Botanist Gin. Les bouteilles, avec leurs herbes visibles taillées à même le verre, sont désormais disponibles en de nombreux endroits, y compris en Allemagne. Le Botanist se prête merveilleusement bien aux cocktails, et les visiteurs peuvent d’ailleurs l’apprendre directement chez Bruichladdich en réservant la visite dédiée au gin.
Nerabus Islay Dry Gin
Encore relativement récent, le Nerabus Gin mérite d’être mentionné, même brièvement. Sa particularité : un ajout de bruyère, qui pousse dans la région.
Meilleure période pour voyager sur Islay

La meilleure période pour voyager en Écosse est aussi la meilleure période pour Islay : le mois de mai. C’est là qu’il pleut le moins et que les températures deviennent déjà agréables. Les midges – les moucherons piqueurs des Highlands – restent généralement encore assez rares. Attention toutefois en mai : la dernière semaine du mois est placée sous le signe du Fèis Ìle – l’île se remplit alors vraiment.
Islay est aussi très prisée des touristes en raison de ses distilleries ; les prix des B&B et des hôtels y sont donc relativement élevés, et il est vivement recommandé de réserver à l’avance.
Comment s’y rendre : ferry et avion vers Islay

La plupart des voyageurs prennent le ferry depuis l’embarcadère de Kennacraig, qui part le plus souvent cinq fois par jour en été. Le « Finlaggan », encore assez récent, effectue alors la traversée en environ deux heures. Les ports de destination sur Islay changent : parfois Port Ellen, parfois Port Askaig, selon les marées.
Un aller-retour passager coûte environ 14 livres ; pour une voiture (conducteur et passagers non compris), comptez environ 70 livres aller-retour. Réserver le ferry à l’avance est indispensable au printemps et en été, mais reste conseillé même en hiver, car Islay est désormais très visitée toute l’année. Attention également à ne pas voyager pendant le Fèis Ìle : les ferries sont alors encore plus complets.
Plus d’informations auprès de l’exploitant du ferry Calmac.

La seconde possibilité pour rejoindre l’île est la compagnie aérienne Loganair. En seulement 40 minutes, les voyageurs peuvent relier Glasgow à Islay. Les tarifs débutent à environ 100 livres l’aller simple. Une voiture de location est disponible à l’aéroport pour explorer l’île.
Plus d’informations sur les vols auprès de Loganair, et sur les locations de voiture auprès d’Islaycarhires.
Fèis Ìle : et les autres festivals et événements d’Islay
Chaque année, lors de la dernière semaine de mai, se tient sur Islay le Fèis Ìle – prononcer « feesh Ile ». Le E long compte ici particulièrement, car le mot « feis », prononcé « fesh », signifie « sexe ».
La fête se célèbre en musique, en danse, autour de bons repas et – bien sûr – de boissons. Les distilleries se relaient, chacune organisant une journée portes ouvertes. Elles sortent aussi, à cette occasion, une édition spéciale festival de leur breuvage.
Le Fèis est aussi l’occasion de s’initier à la culture gaélique, avec des cours de langue et de chant dans la langue des Highlands & Islands.
Plus d’informations sur le site du Fèis Ìle.
Vers la fin novembre, des musiciens traditionnels se retrouvent pour les Islay Sessions. Ce festival folk de trois jours propose beaucoup de musique écossaise, accompagnée comme il se doit de quelques drams de whisky.
Plus d’informations sur la page des Islay Sessions.
Fin avril, les amateurs de randonnée ont aussi rendez-vous avec le Walk Islay. Pendant six jours, des groupes guidés parcourent ensemble les îles d’Islay, Jura et Colonsay. Les randonneurs y découvrent le paysage et en apprennent beaucoup sur la nature environnante. La participation est soumise à des frais de quelques livres.
Plus d’informations sur le site de Walk Islay.
Histoire d’Islay : entre MacDonald et Campbell
Les premiers indices d’une présence humaine sur Islay remontent à des chasseurs-cueilleurs vers 8000 avant J.-C. Des maisons rondes de l’âge du bronze poursuivent l’histoire de la sédentarisation. En revanche, les vestiges des brochs typiques que l’on retrouve à l’âge du fer dans toute l’Écosse (voir par exemple Dun Carloway (en allemand pour l’instant)) sont rares sur Islay.
Avec l’évangélisation de l’île par les chrétiens venus d’Irlande au VIe siècle vinrent aussi l’écriture et la tenue de chroniques. Saint Columba lui-même serait venu jusqu’à Islay. S’ensuivit ce qui se produisit presque partout dans les Hébrides : des cellules monastiques se formèrent – en latin « cellulam ». En gaélique, ce mot devint « Cill ». Cet élément se retrouve aujourd’hui dans de nombreux noms de lieux de l’île : Kil-choman, Kil-chiaran, Kil-dalton, et ainsi de suite.
Le centre du christianisme gaélique était l’île d’Iona (en allemand pour l’instant), et le royaume de Dalriada (en allemand pour l’instant) s’étendait du nord de l’Irlande jusqu’aux îles et au continent. Islay se trouvait en plein cœur de ce royaume.
Avec l’arrivée des Vikings (en allemand pour l’instant) et des Nordiques vers l’an 900 après J.-C., la situation politique changea radicalement. Ils allaient marquer l’île de leur empreinte pour les siècles suivants. Les noms se terminant en « -bus » désignent des fermes fondées par des Nordiques, du vieux norrois « bólstaðr ».

Des Vikings et des Gaëls naquit peu à peu une nouvelle puissance : les Lords of the Isles (en allemand pour l’instant). Menés par les MacDonald, les clans des îles environnantes tenaient conseil à Finlaggan (en allemand pour l’instant) et formaient une puissance que le jeune royaume d’Écosse considérait comme une menace sérieuse. À juste titre.
En 1493, les Écossais parvinrent enfin à reprendre le contrôle du royaume, et les Lords of the Isles disparurent. Le clan Donald resta cependant présent sur l’île – encore un temps. Car les Campbell étaient un clan tout aussi avide que prospère, qui finit par s’emparer de la majeure partie d’Islay.
Les nouveaux maîtres cherchèrent néanmoins à développer l’île. Aux XVIIIe et XIXe siècles furent fondés de nouveaux villages, comme Bowmore, Port Charlotte, Port Ellen et Port Wemyss. C’est également à cette époque que les Campbell reconnurent la valeur des distilleries de whisky, désormais autorisées à opérer légalement.
En 1848, Islay fut, comme toute l’Écosse, frappée par le mildiou de la pomme de terre. Une catastrophe famineuse, à la suite de laquelle beaucoup quittèrent leur terre natale pour l’Amérique. La chance abandonna aussi les Campbell, et Islay fut alors morcelée, ses différentes terres vendues séparément.
Aujourd’hui encore, les terres de l’île appartiennent à quelques propriétaires, le plus souvent absents (« absentee landlords »). Mais grâce au whisky et au tourisme, ainsi qu’à quelques grandes exploitations agricoles, Islay figure parmi les îles écossaises les plus prospères.
