« Lieu le plus sinistre de l’année 2010 » – il existe sans doute des distinctions plus flatteuses que John o’ Groats aurait aimé remporter. Mais depuis, l’endroit a bien changé.

Quand il pleut – et cela arrive assez souvent en Écosse – il existe en effet peu d’endroits qui paraissent plus mornes. La partie basse de John o’ Groats, au bord de la mer, est essentiellement un grand parking, autour duquel se regroupent quelques bâtiments : un bar, un hôtel, une brasserie, une distillerie de whisky.
C’est d’ailleurs ce qui a valu à l’endroit le Carbuncle Award en 2010 – un prix décerné au lieu le plus laid. Cela a motivé les habitants : l’hôtel, resté vide, a été rénové et a rouvert. Des rangées de maisons colorées ont vu le jour, le parking a été refait. Une brasserie et une distillerie s’y sont installées. Et un vieux moulin séculaire est en cours de transformation en attraction touristique.
Il y a tout de même eu des revers : dans le petit port est amarré le « Pentland Venture », qui assurait autrefois la liaison vers les proches îles Orcades. En tant que simple ferry pour passagers, le John o’ Groats Ferry transportait surtout des touristes qui effectuaient ensuite un circuit en bus sur les Orcades. Mais en 2024, l’exploitant a tenté de vendre le ferry. Depuis, le service est suspendu. La fin reste pour l’instant incertaine.

Au-dessus de la jetée se dresse un kiosque octogonal en métal, où sont affichées toutes sortes d’informations. Derrière lui, un panneau indicateur pointe entre autres vers Land’s End. Land’s End est le pendant géographique de John o’ Groats, tout à l’extrémité sud-ouest de la Grande-Bretagne, à près de 1 400 kilomètres de distance.

Pourtant, John o’ Groats n’est absolument pas le point le plus septentrional de l’île principale britannique. Celui-ci se trouve quelques kilomètres plus à l’ouest, s’avance deux kilomètres plus au nord et s’appelle Dunnet Head. Mais c’est bien entre Land’s End et John o’ Groats que se trouve la plus longue liaison routière de Grande-Bretagne. Les Britanniques appellent aussi ce trajet le « End to end ».

Et c’est précisément de ce jeu de miroir avec Land’s End que découle la véritable importance de John o’ Groats. En effet, les tours à vélo ou les randonnées qui traversent la Grande-Bretagne de part en part partent et se terminent en ces deux lieux. Le panneau indicateur sert alors souvent de décor photo, preuve à l’appui d’avoir bien vu les deux extrémités.
Comme on l’a dit : depuis la fameuse « remise du prix » en 2010, les choses ont bien évolué. Car c’est justement parce que de nombreux visiteurs viennent ici que des entreprises intéressantes s’y sont installées. Par exemple…
La 8 Doors Distillery

Un bâtiment tout neuf se cache par exemple au sud du parking. C’est la 8 Doors Distillery, qui a ouvert ses portes ici en septembre 2022 et y distille du whisky. Le premier fût a été rempli le 13 septembre 2022. Les fondateurs sont Kelly et Derek Campbell.
Ils bénéficient de l’aide experte du master blender John Ramsay. Il fut jusqu’en 2009 master blender pour le groupe Edrington, qui produit des whiskys comme Famous Grouse, Macallan, Cutty Sark et Highland Park. Pour la 8 Doors Distillery, ce retraité revient une fois de plus prêter main-forte pour le single malt des Highlands que l’on souhaite créer ici.
Comme dans beaucoup de distilleries, il existe ici aussi une communauté, baptisée « The 874 Club ». 874 miles, c’est la distance entre Land’s End et John o’ Groats.
À l’avenir, des visites guidées y seront bien sûr proposées. Une boutique propose également toutes sortes de jolis souvenirs, et l’on peut aussi y déguster du whisky : le « Seven Sons » donne une idée du goût que devrait avoir le produit final.
La John o’ Groats Brewery

La John o’ Groats Brewery se présente elle-même comme la « dernière maison » du continent britannique. Est-ce vraiment le cas ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est qu’on y brasse de la bière : les ales « Golden Groat » et « Amber Groat », ainsi que le stout « Deep Groat ».
Les bières peuvent être achetées à la boutique ou dégustées dans la salle de dégustation. Les visiteurs peuvent également profiter d’une petite visite guidée de la brasserie.
Antiquités chez Turning Tides
Le comté de Caithness, où se trouve également John o’ Groats, fut autrefois le berceau d’une célèbre verrerie : Caithness Glass (en allemand pour l’instant). Bien que ce fabricant de verre soit aujourd’hui installé à Crieff, l’antiquaire Turning Tides présente encore une sélection de vases et d’autres objets datant de l’âge d’or de Caithness Glass. Et bien sûr, on y trouve également d’autres antiquités et pièces vintage passionnantes et de valeur.
John o’ Groats constitue aussi un excellent point de départ pour des randonnées : un chemin mène d’ici jusqu’à Duncansby Head, où l’on peut non seulement observer des oiseaux marins, mais aussi admirer de superbes aiguilles rocheuses.
Bientôt : le John o’ Groats Mill
Le grand moulin à grains, situé un peu à l’écart de John o’ Groats sur la route en direction de l’ouest, se dresse ici depuis 1901. La famille Houston y a travaillé jusqu’en 2001 – c’est pourquoi certains habitants le connaissent encore sous le nom de Houston Mill. Depuis 2016, une fondation s’occupe du John o’ Groats Mill, dont l’ouverture était prévue pour l’été 2025. Les visiteurs pourront alors y admirer les anciennes machines.
Le saviez-vous : l’origine du nom John o’ Groats
Le nom du lieu remonte à un Néerlandais nommé Jan de Groot. En 1496, le roi d’Écosse Jacques IV lui aurait accordé les droits de traversée vers Orkney, après que les Norvégiens durent céder l’archipel à l’Écosse. De Groot aurait demandé quatre pence et remettait en échange de la traversée une pièce en guise de ticket, qui a fini par donner son nom, « groat », à l’usage courant. D’où le nom John o’ Groats.

Autre détail à remarquer : que ce soit le kiosque, l’hôtel ou la distillerie – tous ont soit un plan octogonal, soit jouent avec le chiffre huit. Il y a une raison à cela : les exploitants de « The 8 Doors Distillery » tirent le nom « huit portes » de Jan de Groot. La légende raconte que le Néerlandais avait sept fils. Les huit hommes se disputaient sans cesse pour savoir qui s’assiérait en bout de table. Pour mettre fin à la querelle, Jan de Groot fit construire une pièce à huit portes, où se trouvait une table à huit côtés. Ainsi, chacun avait « le bout » de la table.
Conseil : promenade le long de la côte

Un sentier longe la côte. Les visiteurs peuvent s’y détendre un moment et laisser leur regard glisser au-delà du Pentland Firth, vers les Orcades. Avec un peu de chance, on peut même y apercevoir des orques – pour savoir si certaines sont dans les parages, on peut par exemple consulter un groupe Facebook.
Comment y aller
Avec un GPS : saisissez « KW1 4YR », ce qui vous amènera jusqu’à la partie haute de John o’ Groats. Suivez ensuite la signalisation vers le « Pedestrian Ferry ».
Sans GPS :
Depuis Inverness, prenez l’A9 puis, plus loin, l’A99, jusqu’à ce qu’apparaisse sur votre droite, tout au nord, dans le village de John o’ Groats, le Seaview Hotel. Suivez alors le panneau vers le « Pedestrian Ferry ». Garez-vous sur le parking.
Depuis Thurso, suivez d’abord l’A9 en direction de Wick, mais restez attentif, encore à Thurso, aux panneaux pour l’A836, qui mène à John o’ Groats et au Castle Mey (en allemand pour l’instant). Lorsque le Seaview Hotel apparaît, tournez à gauche.
